Promoteur menteur
Réalisée par le promoteur CA Monné-Decroix, filiale de Crédit Agricole Immobilier, cette résidence, conçue par les architectes J. C. Nogaro et le Cabinet Archipole Sud, propose 50 appartements du T2 au T4. Construite sur une très ancienne exploitation agricole où l’on cultivait de l’ail, la « Bastide de l’Aillaude » est idéalement située blabla bla… »
C’est le texte visible sur le site du CA Immobilier pour annoncer la pose de la première pierre de cette mocheté.
C’est tellement hideux que l’architecte, sur son site internet tout en anglais pour faire architecte de classe internationale, n’en parle même pas.
Quand je vois la pers’ horrible qui a servi au panneau de chantier et qui a dû aussi servir au dossier de PC et à la plaquette commerciale, je ricane. A l’heure de la 3D hyperréaliste, ce n’est plus du mauvais goût : c’est du mensonge.
Chaque fois que je passe par la traverse de l’Aillaude et que je tombe sur ce bâtiment, j’en ai un haut-le-cœur. J’ai donc fait la photo du bâtiment fini pour bien monter non pas les 7 mais les 250 différences. Dans sa grande humanité, le promoteur a conservé les piliers d’entrée du domaine. Moi, je les aurai viré. Tant qu’à faire. Dans le texte d’intro, le CA parle d’une « très ancienne exploitation agricole », comme pour rendre faire croire qu’il n’y avait que des champs. Mais sur le cadastre pas très à jour de la ville de Marseille, on voit encore très clairement l’emprise de la Bastide. Bastide qui était plutôt jolie. Et comme toutes les bastides entourée d’un vaste terrain. Hélas.
Le rond-point de la honte
J’écrivais précédemment du visage de la ville nouvelle. Avant 1975, entre l’actuelle escale Borély et le village de Mazargues, il n’y avait que des champs et des chemins. Le dernier champ est tombé d’ailleurs assez récemment sous les assauts de Kaufmann&Broad sur l’avenue Zénatti. Puis les édiles se sont dit qu’il falait agir pour les quartiers sud. Ce n’était pas une partie de la ville. C’était sa banlieue. Donc, création de la ZAC Bonneveine de laquelle il n’y a guère à sauver que l’ancienne fondation RAU (actuelle MAC) et l’immeuble France Télécom. Le centre Bonneveine affiche un visage lépreux et triste et lorsque l’on descend vers la mer, on ne trouve guère qu’une longue succession, à droite et à gauche de bâtiments hideux. Le dernier petit vestige du passé bastidaire du secteur était une maison de gardien assez baroque à l’entre de la Roseraie. Rasée pour faire un local à poubelle. Passez devant les bureaux de Parikian (mais ne les regardez pas) et vous parvenez au plus immonde rond-point que l’on puisse imaginer. A votre droite, un centre commercial très récent mais à l’architecture d’une pauvreté à faire vomir le premier étudiant venu de l’école d’archi toute proche ; de l’autre coté de la rue, un hôtel de luxe aux ridicules colonnades et aux frontons grecs mal assumés. La peinture « terracota » pâlit déjà et les illuminations de Noël achèvent l’ensemble dessiné par l’architecte le plus déprimant de la ville dont je tairai le nom. A votre gauche, un gymnase qui aurait pu être mignon si le choix des couleurs avait été fait par quelqu’un ayant un peu plus de goût qu’un enfant de trois ans. A l’opposé, une ancienne station-service transformée en boulangerie. Et même si vous passez ce rond-point en fermant les yeux, il faudra bien les rouvrir pour découvrir les plates-bandes du boulevard de Bonneveine remplies de galets blancs ressemblant à des œufs de marsupilami. Au moins, si Franquin était encore avec nous, il rirait franchement.
Le visage de la ville de demain
La ville se construit chaque jour. Pour preuve les grues qui griffent le paysage à peu près partout.Mais si l’on veut se faire une idée du visage de la ville de demain, il suffit de regarder la ville d’aujourd’hui, dans sa partie construite il y a 40 ans, d’observer ce qui s’y est fait et d’extrapoler. A l’angle du Bd Jeanne d’Arc et du Bd Sakakini, ça donne la photo d’aujourd’hui.
On y voit, à la place du Jarret qui coulait là, un boulevard urbain épouvantable émaillé d’immeubles construit selon un tracé directeur qui m’échappe complétement. Le tissu ancien peu dense (Bd Chave, Bd Jeanne d’Arc) a été greffé de verrues épouvantables (Fast-food, hôtel bas de gamme, par ex.). Les grandes copropriétés des années 70 ouvrent leurs fenêtres sur une autoroute embouteillée tous les matins, tous les midis et tous les soirs et ce n’est pas le retour du tramway qui contribue véritablement à la sérénité du lieu. Il est vrai que dans les années 70, on privilégiait l’auto et l’on aimait pas la verdure. Mais quand même !
Aujourd’hui, les grands secteurs qui changent de visage prennent un peu plus en compte la verdure et les transports collectifs. Mais je ne suis pas sûr que le tracé directeur soit d’une grande justesse. Il me semble que l’on soit encore dans une optique qui consiste à optimiser des parcelles plutôt que de construire une vraie ville. On construit d’abord les immeubles, et on relie ensuite, comme on peut.
C’est Prouvé !
Avant l’été, je dépose ma fille devant le lycée Marcel Pagnol (pour passer le bac) puis continue mon chemin.
Coup de frein ! Je gare la moto en catastrophe et fonce vers la station service Agip. La vraie, celle dessinée, conçue par Jean Prouvé, celle qui est labellisée Patrimoine du XX° siècle en PACA.
J’avais lu la notice de la DRAC à son sujet et c’est justement pour cela que j’ai freiné et me suis arrêté. Pour être honnête, je suis passé 100 fois devant sans remarqué autre chose qu’une station très laide.
Finaud, je fais le naïf et rentre dans la station avec la ferme intention d’en apprendre un peu plus que la notice de la DRAC.
- Bonjour, Mademoiselle, j’ai entendu dire qu’il y avait dans les parages une station conçue par un grand architectecte.
- J’en sais rien !
- Ce ne serait-il pas celle-là par hasard ?
- Aucune idée !
- On ne vous a jamais rien dit ?
- Si, mais je m’en souvient plus. Ce que je sais, c’est qu’on a le droit de rien faire. Même pas de repeindre. Et en plus, en haut, y des fuites. Et plein de courant d’air. En fait c’est la merde. S’il avait pas été connu, l’architecte, on aurait pu raser tout ce merdier et construire quelque chose de propre.
Je suis sorti en rigolant. C’est bien d’être connu et reconnu. En tout cas, ses stations services, à Jean Prouvé, elles ne risquent pas d’être publiées dans Architecture Digest.
Pour la culture du grand public, je cite ci-après les notes de Eve Roy rédigées pour la DRAC PACA il y a un peu plus de cinq ans.
« A la fin des années soixante, les pétroliers engagèrent leur lutte commerciale sur le terrain de l’image de
marque… Total demandait à Jean Prouvé de concevoir un modèle qui, de la simple station aux grandes
aires autoroutières, en ville comme à la campagne, pourrait exprimer une image moderne et fonctionnelle.
Comme à son habitude, Prouvé alla à l’essentiel et imagina un diptyque. Un bâtiment décagonal hébergerait
au rez-de-chaussée l’accueil, les sanitaires et les réserves, et offrirait à l’étage un logement. Un auvent
circulaire (perché sur une colonne centrale) ou rectangulaire (bien campé sur quatre poteaux métalliques)
protégerait les pompes.
Prouvé défendait une architecture légère, industrialisée donc facile et rapide à installer sur le site. La
station-service le démontre, elle constitue même un quasi-manifeste : une dalle sur un vide sanitaire, un
fût central pour stabiliser l’édifice, arrimer les poutrelles qui supportent le plancher et regrouper tous les
fluides, des poteaux périphériques et des panneaux de remplissage. En moins de quinze jours l’affaire était
entendue ».
Parmi les exemples subsistant à Marseille, il est possible de noter que le plan adopté est octogonal et non
décagonal, et de dégager deux typologies de stations, selon qu’elles comportent un étage de logement
(boulevard Saint-Loup et chemin de Sainte-Marthe) ou non (boulevard Paul Claudel).
© Laurent Carte pour le texte (sauf la citation de Eve Roy) comme pour la photo
Ça fait plaisir
J’ai pesté quand j’ai vu les grignoteuses abattre ce bel ensemble haussmanien du boulevard de Paris. J’ai pesté quand j’ai vu que son pignon nord ne s’appuyerait pas sur le reste de l’immeuble voisin pour laisser passer une venelle sombre. J’ai pesté quand j’ai vu l’indigence de la façade ouest, en me disant qu’il y avait encore du chemin avant d’avoir des logements sociaux dignes de ce nom. J’ai pesté en pensant que personne, jamais, ne traiterait le mur aveugle de manière correcte et qu’il finirait, comme partout, couvert d’un simple enduit mal appliqué qu’un jour rasant révélerait dans toute son horreur.
Et bien, je l’avoue, je m’étais trompé. Et sévèrement encore.
Car en rentrant de congés, je suis tombé sur un immeuble élégant dont la façade s’est vue habillée de balcon noirs proéminents en acier ajouré. Ni feuille d’acier trop fine et peu sécurisante ni moulage béton balourd, mais au contraire de la bonne épaisseur. Un paravent métallique protège du vent et préserve l’intimité. Trois niveaux en retrait surplombent des brise-soleil étonnants… Non vraiment, ce bâtiment a de la gueule, grâce aussi au revêtement de zinc posé sur le mur aveugle au nord de l’édifice. Cette grande surface métallique renvoie sur la façade nord un reflet déformé du ciel et une belle lumière vers les ouvertures.
C’est honnêtement le premier bâtiment de logements construit à Marseille qui m’étonne, me surprend et me ravit.
Il sort du cabinet de l’architecte Jean-Michel Battesti.
Merci !
© Laurent Carte pour le texte et les photos
Quand plane la menace…
Quand je vois un immeuble en retrait, j’ai envie de regarder à coté. Parce qu’à coté, justement, un jour ou l’autre ça va tomber. Dans une ville, un des grand principe consiste à construire des front bâtis qui font qu’une ville ressemble à une ville. Un rue, des façades, des trottoirs… Quand un immeuble se construit en retrait, ce n’est pas une volonté du promoteur de mettre un peu de verdure dans la ville. Non, bien sûr. C’est une obligation. Celle imposée par le PLU (Plan Local d’Urbanisme, en clair pour les nuls). C’est ce plan, concocté par des techniciens de la ville, de la communauté urbaine, des élus, etc. qui fait force de loi. On doit s’y conformer. Quand un immeuble pousse en retrait, il faut bien se dire que ses voisins, un jour, tomberont. Ils tomberont pour que se construisent de nouveaux immeubles qui eux, seront bien alignés. Celui qui apparaît sur cette photographie est d’une telle laideur (façade lisse, brise-soleil gadget, serrureries sur rue indigentes, volets coulissants à pleurer) que je n’ai pas eu envie de chercher le nom de l’architecte. Il se reconnaîtra. C’est à l’angle du Bd Salengro et du Bd National.
© Texte et photo : Laurent Carte
BBC, forcément BBC !
Ça a poussé à toute vitesse, même pas à coups de banches. Non, un bête immeuble en parpaings. Vu qu’il est récent, il est forcément BBC (Bâtiment Basse Consommation). On le voit à sa façade boisée, ses volets coulissants pour se protéger du soleil couchant et éviter les déperdition d’énergie l’hiver. On isole par l’extérieur mais pour éviter les gaspis, on vit dans le noir. C’est pas grave : il suffit d’allumer la lumière, ampoule basse consommation elle aussi, et en plus bourrée de mercure et pas recyclable.
Le plus amusant dans l’affaire, c’est que les promoteurs affichent en gros sur leurs panneaux publicitaires « Bâtiments écologiques » « BBC » « Habitez la modernité ».
C’est bien de vendre la survie de la planète à des gogos qui ne savent pas encore que dès 2012, tout devra être construit en BBC. Alors, pourquoi ne pas attendre : grâce à la loi Scellier. Pas de BBC, pas de Scellier. En réalité, la survie de la planète passe par l’enrichissement de ceux qui ont les moyens de placer dans la pierre. Ah les malins.
Autre intérêt de cet immeuble : son attique peinte en « terracotta ». C’est à la mode ! Hé oui. Regardez un peu les constructions neuves : elles sont pratiquement toujours surmontées d’un truc marron, rouge brique. Là, il faut avouer que architectes font preuves d’une grande originalité.
Pour voir cet immeuble, il faut se rendre sur le bd Schloesing et regarder à gauche en allant vers Sainte-Marguerite. Il y a juste avant cinq bâtiments vétustes de logements sociaux qui ont toutefois beaucoup plus d’intérêt que ce machin au nom vraisemblablement à consonance anglaise, style Park Avenue ou autre Greenwich, Key West…
© Texte et photo : Laurent Carte
La recherche se refait une beauté
Il fut un temps où ce bâtiment abritait des chercheurs en éthologie. Pour conserver leurs pensionnaires et sujets d’expérimentation, le CNRS avait construit sur son bâtiment phare tout un alignement de résidences vitrées faisant plus serres horticoles qu’animalerie. Les éthologues ont-ils déménagé ou ont-ils emmené leurs cobayes à poils et à plumes ainsi que leurs petites plantations dans les étages ? Je n’en sais rien. Toujours est-il que ce bâtiment, surchargé de ses rehausses bricolées et rongé par l’âge et le manque d’entretien ne ressemblait plus à grand chose. Et puis un jour…
La façade retrouve une propreté qu’elle n’avait sûrement eu qu’à la construction, la passerelle vitrée redevient translucide et les deux excroissances arrondies de la toiture reprennent de l’importance.
La Recherche retrouve un lustre perdu. L’image d’une institution tient à peu de choses.
© Texte et photo : Laurent Carte
L’usine à faire rêver les petits
Dans cet élégant bâtiment blanc de la rue Alfred Curtel se fabriquaient dans les années trente et jusqu’en 1951 des jouets métalliques. Giacomo De Andreïs, génois d’origine, était imprimeur sur métal et à ce titre fabriquait des panneaux publicitaires, des tôles lithographiées puis finalement des jouets métalliques, voire même des petits projecteurs cinéma en bakélite sous la marque EGDA .
La société s’installera un temps Bd de la Cartonnerie.
Mais déjà le capitalisme pointait son nez. Les établissements J.J. Carnaud et Forges de Basse Indre avalèrent la petite entreprise marseillaise. Aujourd’hui, Métal Box associé à Carnaud a donné CMB (Carnaud Métal Box) leader européen de l’emballage métallique. Autant dire que les jouets marseillais se sont noyés dans ce groupe monumental.
Il reste maintenant cette façade simple qui abrite apparemment un service municipal (service des essences ?). Une longue façade aveugle au sud. Une large ouverture à l’est. Et c’est tout.
© Texte et photo : Laurent Carte
Des dessous pas vraiment chics
Je me souviens de la fierté municipale pour l’inauguration du métro. Je devais avoir dans les 13-14 ans à l’époque et j’avais même fait un exposé sur le sujet au collège. La fierté dépassait même les limites de la commune : Marseille avait enfin son métro. Defferre l’avait voulu. Marseille l’a eu. Aujourd’hui, lorsque je passe vers la station Sainte-Marguerite/Dromel, je me dis que l’architecture a bien vieilli, qu’il lui faudra encore résister quelques décennies pour se parer du charme incomparable du début des années 80. Des architectes ont travaillé sur ce projet, indéniablement, et je me demande maintenant ce qu’ils peuvent bien penser de leur propre travail. S’ils le regardent avec plaisir ou avec dédain, voire même avec un peu de honte.
Quand on va traîner ses pas vers les quartiers nord, on trouve la station Bougainville aussi spectaculairement datée que sa consœur des quartiers sud. Les voies continuent vers une station technique invisible des voyageurs. Pour relier la station Bougainvile, aérienne, le métro court sur un pont sous lequel on peut circuler. Epatant. En dessous, on circule entre la zone ferroviaire du Canet et des friches industrielles qui couvrent le territoire jusqu’à la rue Zoccola. L’endroit est terriblement bas de plafond, horriblement sombre, et ressemble plus à la rue Watt dans laquelle Léo Malet fait rôder un tueur fou qu’au fleuron des projets urbains du XX° siècle. Là encore un architecte a sévi. En construisant, n’a-t-il pas vu que ce lieu était une horreur, qu’il n’y aurait jamais de vie, que les piles de son viaduc étaient surdimensionnées. Il ne faut pas être ingénieur pour le voir. Un peu de bon sens suffit. Allez voir station Glacière à Paris, la finesse des piliers, la délicatesse des tabliers. Il est vrai qu’à Paris, les métros sont plus légers, moins fréquents et moins remplis qu’à Marseille. Du coup, ils ont construit des infrastructures plus légères. Si une bombe thermo-nucléaire tombe sur Marseille, il ne restera que la structure du métro et celle du tramway ainsi que la fierté du bureau d’étude qui aura fait les calculs de résistance des matériaux, du fournisseur de béton et de l’architecte.
Pourtant, la courbe d’un viaduc peut être belle (Cf Norman Foster à Millau), le génie civil intéressant et les aménagements de surface innovants. Quand ce prolongera ce métro vers le grand nord (La Cabucelle, Saint-Antoine…) j’espère que l’architecte retenu aura plus d’élégance et d’intelligence dans le projet (Pas vrai mon architecte préféré ?).
La L2 améliore la ville
Dans certains cas, les grands travaux peuvent améliorer la ville. Entre l’avenue de Saint-Julien et celle des Caillols, le dessus de la tranchée couverte de la L2 a fait l’objet d’un traitement intéressant. De part et d’autre, des voies relient les avenues sus-citées. Elles courent le long d’un parc traité en pinèdes et des pistes cyclables larges et protégées (bornes, trottoirs…) donnent envie d’aller pédaler dans le quartier. En haut, la minable petite stèle grise à la mémoire du génocide arménien, autrefois cachée sur les bas-côtés de l’avenue du 24 avril 1915, a été remplacée par un mémorial digne de ce nom. A l’ouest, le mur de clôture est paré de pierre naturelle. Quand on arrive par la Fourragère, et que l’on regarde vers le nord, on voit vraiment que le paysage a changé. C’est large et clair
Sauf que, comme d’habitude, l’esthétique et la gestion de l’espace public ne font pas bon ménage à Marseille. A peine un lieu devient-il correct qu’on ne peut s’empêcher d’y coller une horreur en plein milieu : que vient faire cette satanée bulle de vente dans l’axe du parc, le nez sur le rond-point (ce qui en terme de sécurité et d’accessibilité n’est pas le top), inutile verrue marchande. Je vous le jure, il faudrait punir les agences de com’ qui propose cela, et punir les fonctionnaires qui signent l’autorisation. Comme celui qui a signé le permis de construire du Simply Market. Je n’arrive pas à croire qu’on ne puisse pas construire du beau et fonctionnel. Quand on voit le prix du foncier, le coût de la construction, je doute que le fait de demander à l’architecte de faire des façades un peu jolies soit vraiment hors de prix. Et quand les élus auront compris que le beau est bien plus rentable que le laid, alors la ville deviendra-t-elle peut-être ce que l’on a envie qu’elle devienne : un endroit où il fait bon vivre.
© Texte et photo : Laurent Carte
Prendre le temps de s’arrêter.
Pour voir la ville, il faut prendre le temps de traîner, de flâner, et surtout parfois de s’arrêter. L’église Saint-Maurice fait partie de ces bâtiments qui m’ont toujours intrigués. J’y suis passé mille fois devant et jamais je ne me suis arrêté. Pourtant, ce matin, j’y suis passé pour la 1001ème fois en amenant ma fille passer le bac au lycée Marcel Pagnol de Saint-Loup. Et au retour, comme la lumière était belle, l’air encore frais et la circulation assez rare, j’ai posé la moto et je suis allé voir. Avec l’appareil en bandoulière.
De prime abord, ce bâtiment m’avait toujours paru mal foutu. Les courbes sont imparfaites, les fenêtres filantes assez ordinaires. Le clocher fait penser à une vieille pelure de melon un peu fané tenue par une baguette vietnamienne et l’ensemble est couvert d’un crépi à vomir.
Pourtant… pourtant. Le porche est un assemblage assez malhabile de panneau de 1mx1m coloré dans le plus pur style Pailleron, la sous-face a des airs de Le Corbusier mal assumés (un bon gros coffrage de planches encore visibles) mais l’ensemble respire un air de jeunesse, une tentative de faire différent. A la table à dessin, j’imagine un jeune architecte enflammé dessinant son premier bâtiment, un lieu de culte. Il transpire. Il veut que son projet soit grandiose, qu’il porte la foi, qu’il représente l’élan des croyants vers Dieu. Il transpire sur le tire-ligne, gratte le trait raté, recommence et recommence encore.
Ça y est. Il l’a. Le client est content. Il va construire. Las, les choses se rebellent, les matériaux résistent, les formes souples s’accommodent assez mal du coffrage bois. Il transpire encore. Quand l’église est finie, il est content. Mais pas complètement. Il a vu les défauts des courbes, toutes les petites imperfections : les poutres pas parallèles, l’ovoïde irrégulier… Enfin tout un tas de petites choses qui lui gâchent le plaisir. Pourtant, l’œuvre est intéressante à plus d’un titre. Il faut aller voir. Il y a des choses surprenantes comme ces sièges en béton dans la paroi intérieure du chœur, ou le rythme de la charpente. Non, vraiment, ça vaut le détour. Même avec un ami parisien.
En vérité, les états d’âme de l’architecte, je les subodore. Mais en rentrant à la maison, je cherche un peu. Et trouve.
Enfin, je pensais avoir trouvé et j’avais attribué cette église à l’architecte Pierre Averous. Mais une récente lectrice m’apprit qu’elle était l’œuvre de l’architecte toulousain Auguste VIVES. Dans mon texte initial, je vilipendais l’auteur de ce bâtiment et profitais de mon élan pour qualifier d’assez méchante façon d’autres réalisations de ce monsieur. Je précisais toutefois que j’éprouvais de la tendresse pour cette petite église.
C’est toujours le cas et je remercie ma lectrice (Sophie Guérin Gasc, Archi DPLG et du Patrimoine – docteur en histoire de l’art) pour ces précisions. Les vitraux ne sont revendiqués par Henri Guérin mais bien de lui. Un aperçu de son travail est visible sur :
http://www.narthex.fr/blogs/making-of-de-lexpo-henri-guerin/henri-guerin-lartiste-peintre-verrier
J’avais confondue l’église Saint-Maurice avec celle de la Pauline. Honte à moi.

Une œuvre de jeunesse avec, au fond, le CICR de Rudy Ricciotti et devant, deux voyageurs qui matent le derrière de la passante. Et oui, on est à Marseille.
Le vocabulaire de l’architecte…
J’adore les dictionnaires. Il renferment des pépites, de ces petites choses anodines dont le parfait contrôle permet d’énoncer des choses claires et compréhensibles. De multiples outils souvent remarquables dont l’usage judicieux permet à la fois d’être reconnu membre d’une confrérie et brillant en société. Encore faut-il les utiliser avec pertinence, n’en point trop déballer d’un coup (ça fait pédant) ou au mauvais moment (ça fait blaireau). Tout comme la marine, l’imprimerie, l’ébénisterie et bon nombre de métiers d’art, l’architecture en possède une belle quantité. Mais l’architecte a quelque chose de plus que ses collègues des autres corporations : il a appris à l’école à parler « Architecte ». Qu’on parle d’oriel ou de beauveau, d’argamasse, de chaînette, de rein, de chien assis, couché ou debout, de larmier ou de lambrequin voire même de zelliges, pas de problèmes. Ces mots désignent des choses précises. Mais le langage de l’architecte se pare volontiers de circonlocutions étranges pour dire des choses toutes simples. Ecoutez parler un architecte sans l’interrompre (et sans rire) et vous réaliserez. Un bâtiment ne s’adapte pas au terrain, il contrôle la topographie. Un bâtiment en ville « dialogue » avec l’urbanité. Il se confronte à l’existant. Un bâtiment n’est pas moderne : il véhicule son image d’avant-garde. L’architecte ne dessine pas une nouvelle placette : il réactualise le forum romain (ou l’agora grecque, au choix). Quand l’immeuble vient se nicher dans une dent creuse, il contribue à la couture urbaine et s’il se hisse sur pilotis, il crée de la perméabilité.
Ahhh vraiment, les architectes sont des gens poilants ! 
- On ne dit pas « terrain vague », on dit « délaissé »
© texte et photo : Laurent Carte
Las Vegas Bonneveine
Je suis d’accord avec toi, lecteur assidu de ma chronique urbaine, il faut de l’imagination pour voir du Las Vegas dans les quartiers sud. Mais si, un peu d’effort. Vas-y ! Imagine un peu : un gros néon clignotant sur le toit, un petit éclairage de LEDs sous les fenêtres, quelques jets d’eau et une bonne grosse pouffiasse blonde et siliconée dans un cabriolet de luxe.
Finalement, il faut beaucoup d’efforts. Mais pour un peu, on s’y croirait. J’aime cet immeuble en croix, sans pubs, signes, marques ou autres enseignes. C’est un immeuble dans le plus pur style France Télécom (c’est d’ailleurs un immeuble FT) : un beau système constructif, un gros Légo® à quatre pièces : un module fenêtre, un module aveugle, un module angle et un module escalier. Comme souvent à Marseille, l’immeuble est disproportionné par rapport à son environnement mais il faut imaginer encore qu’à l’époque, il a dû être construit dans un pacage à chèvres. Aujourd’hui, il voit passer les moutons qui vont faire leurs courses à Carouf’. Comme souvent à Marseille, il souffre d’un abandon visible de l’espace public. Pourtant, ce foutu espace public, c’est encore lui qui crée le liant, la continuité urbaine, le sentiment de « je me sens bien ici ». Herbes rases et desséchées, bornes chaotiques, bitume régulièrement défoncé… enfin, je m’égare. Revenons à nos moutons. L’architecte qui a pondu ça est épatant.
© Texte et photo : Laurent Carte
Un air du Sud
S’il existe un bâtiment sympathique aux Catalans qui éveille chez moi des envies de voyage chaque fois que je passe devant, c’est bien l’hôtel Péron. Pas l’établissement de bord de mer pour clients aisés (qui lui aussi ne semble pas vraiment participer à la continuité du littoral). Non, l’hôtel à proprement parler.
Tout chez lui est rococco, de la couleur de sa façade à son entrée modeste, ses deux petites étoiles arborées fièrement, son isolement du bâti voisin, sa relative faible épaisseur. C’est parce que l’architecte y a apporté sa patte : ouvertures elliptiques habillées d’éléments de fonderie, forme des fenêtres différentes de celle des portes-fenêtres, typos utilisées délicieusement années 30, couleur des volets en accord avec la façade, fronton blanc masquant la toiture…
Et si en plus vous ajoutez des tarifs suffisamment bas pour encourager les couples illégitimes ou les post-ados fatigués de la banquette arrière de la voiture, vous avez la recette pour le cocktail magique qui donne le sourire quand on passe sur la Corniche.
Un peu de justice…
Dans un précédent article intitulé » Double crime sur la Corniche « , j’évoquais la fin inutile du Bar des Flots Bleus dans lequel j’aimais de temps en temps m’arrêter boire un café. Il y a vingt-cinq ans, je découvrais émerveillé le Pavillon des Bains de Mer entre le restaurant Péron et l’hôtel Richelieu, une petite parcelle de bonheur collée à la corniche Kennedy. J’y allais aussi de temps en temps. Et à l’époque, fallait oser. L’établissement était plus « authentique » qu’aujourd’hui. On y avait une vue exceptionnelle sur l’œuvre d’Atelier 9, à savoir, le cercle des nageurs de Marseille. Il est question aujourd’hui que cet établissement soit démoli. Apparemment, des démarches sont initiées dans ce sens par l’Etat. Je n’en connais pas les raisons mais j’imagine qu’il doit s’agir d’une histoire d’occupation du domaine maritime ou de continuité du littoral. Si c’est cette dernière raison, il faudrait l’appliquer sur tout le littoral (à propos, l’enclave du port, le fameux GPMM, ça donne quoi à ce sujet : barrières partout et fermeture de la digue à la mer depuis le premier vigipirate). Sur cette photo, je montre comment se présente le bord de mer aux environs du Pavillon des Bains de mer et de feu le bar des Flots Bleus : un gros chaos inaccessible. L’édicule ridicule qui barre l’escarpement est un bâtiment municipal. Dessus est marqué « Les peintres du 7°. Un peu plus loin, un établissement mi-bar, mi-cabanon, le Bistrot Plage, constitue un élément manifestement essentiel de la continuité territoriale puisqu’il n’a pas l’air menacé. C’est vrai que son architecture typique du littoral marseillais est plus que remarquable. Elle fait couleur locale. Elle esbaudit le touriste. Souhaitez-vous que je vous parle aussi de la piscine Les Dauphins, en bas du vallon de l’Oriol. De continuité du littoral, il ne serait question. Pas l’air menacé non plus. Et puis encore plus loin, le Pullmann Palm Beach n’autorise guère le piéton à circuler sur le littoral. Mais c’est un établissement quatre étoiles. On continue avec le club privé et « select » où viennent bronzer toutes les vieilles fripées du huitième arrondissement avec les apprentis bourgeois que comptent la ville. Ah oui, mais c’est La Pelle ! Un peu de justice serait la bienvenue. » Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ne concluait-il pas une histoire d’animaux malades de la Peste ?
© Texte et photo : Laurent Carte
Combien de temps…
Combien de temps doit-il s’écouler pour qu’un bâtiment ait une chance de survivre à la folie destructrice des pelleteuses des promoteurs ?
Ces bâtiments de la Capelette ne sont pas encore tombés mais une opération immobilière Cogedim s’apprête à les masquer. La Capelette est une zone à enjeu : un bâti peu dense (en clair, cela signifie qu’il y a de grandes emprises disponibles et peu de vendeurs à convaincre), souvent de qualité médiocre, des terrains encore accessibles en terme de coûts, une proximité évidente des voies d’accès (Autoroute A50) et des pôles commerciaux existants ou à venir (Pôle de loisirs, la Valentine et le futur complexe commercial du Stade Vélodrome). Les conditions étant réunies, on bétonne. Allez voir ce qui a poussé à l’angle de Benjamin Dellessert et de la Capelette, ce qui se prépare entre la Capelette et l’ancien boulevard Lazer, ou plus loin, presque dans l’axe de Fifi Turin l’énorme bouse qui a jaillie il y a déjà deux ou trois ans. C’est édifiant. Poussez un peu plus loin, en face de l’hippodrome. Un ensemble disproportionné de logements est venu se nicher entre le boulevard et l’Huveaune.
Mais je m’égare. Devant la pression foncière, comment peut résister le bâti industriel ancien ? Que lui faut-il pour échapper à la destruction ? Boulevard de Dunkerque, la concession BMW Station 7 doit tomber. Pour l’architecte, c’est de la bordille. Une façade bêtement années 50 et des toitures bourrées d’amiante. Les Ets Bietron doivent tomber. Les bâtiments de France Télécom, à l’angle de Salengro et Strasbourg viennent d’être grignotés par les pelles mécaniques. A ma modeste connaissance, je ne vois que le silo d’Arenc à avoir échappé au carnage. Boulevard de Dunkerque, encore, les Ets Richardson ne doivent leur survie qu’à leur façade. Effort louable, Euroméditerranée a sauvé de la démolition une jolie petite façade sur la rue Guinot. Mais dans cette même rue, un peu plus loin, la métallerie Arnaud y est passée l’été dernier (tu parles, en face se construit le nouvel grand hôpital Ambroise Paré). Sur l’autre trottoir, c’est la serrurerie Baechli qui a dû fuir. En face des archives, le petit bâtiment bas en opus incertum n’a pas résisté à la grosse machine de guerre. Atelier 9 y a commis un machin pas beau tout en verre pour lequel les ondulations du mur-rideau sont complètement ratées. En face, l’église de Saint-Martin d’Arenc risque de connaître le même sort. Avec quand même un avantage pour elle : c’est le seul élément patrimonial de la trame Mirès (ZAC Cité de la Méditerranée). La question reste posée : au bout de combien de temps un bâtiment peut-il être sauvé ? Quand devient-il patrimonial ? Quand les élus se penchent sur l’histoire de leur ville, la regardent avec bienveillance et se disent qu’avec un look sympa, ça peut attirer du monde. Merci à Avenir Télécom d’avoir sauvé les bâtiments de la Compagnie Indochinoise du Riz. Merci pour le renouveau de Station Alexandre. Si on laissait faire les architectes, ils auraient déjà rasé le siège historique des croisières Paquet. L’ancien centre de rétention dans l’enceinte du port n’a pas survécu au déménagement de la rétention dans le nouveau centre d’Arenc. Mais là, c’était plutôt pour effacer les traces.
© Texte et photo : Laurent Carte
Architecture personnelle
Entre 1957 et 1961, l’architecte Jean Rozan fut maître d’œuvre de cette barre posée sur le rond-point de Mazargues. Construite dans la même pierre que le célèbre obélisque autrefois trônant au centre de la place Castellane, avec sa façade jouant sur la répétition de ses fenêtres, avec son pignon nord délicatement arrondi, avec son soubassement percé donnant sur les jardins, elle ne manque pas d’allure. J’y passe devant matin et soir et jamais sa façade n’a la même couleur. Le soir où j’ai fait cette photo, je pressentais que la lumière serait belle au crépuscule. En allant chercher ma fille d’un coup de moto, je m’arrête et réalise cette image. Au retour, ma fille apprend par SMS que son meilleur ami a commis l’irréparable. A l’heure où je fis l’image, le garçon nous avait quitté.
Finie la belle façade, la douce lumière. Maintenant, quand je vois ce bâtiment, je ne peux m’empêcher de penser à ce gamin que j’aimais bien. Un gosse tout simple, sympa et vraisemblablement très malheureux.
La photographie, l’architecture, la ville s’entremêlent parfois en une surprenante spirale qui ne leur appartient pas.
© Texte et photo : Laurent Carte
Double crime sur la Corniche…
On ne me fera pas croire qu’il existe une réelle continuité du littoral, ni que l’accès à la mer a été facilité par la destruction des flots bleus. Je me suis penché à la balustrade pour regarder en bas. Pas le moindre passage. La falaise. Pareil à l’emplacement de ce petit bar bleu posé au bord de la Corniche et dans lequel, le jour de grand vent, on pouvait savourer un petit noir bien serré en rêvassant devant la mer couverte d’écume enveloppant les îles de la rade de Marseille. Cool. C’est l’adjectif le plus approprié qui me vient en pensant à ce petit coin de paradis qui ne gênait personne. Quoique.
En venant du centre ville, le bar des Flots Bleus cachait un peu l’immense mur couvert alors d’un portrait de Zidane et siglé de la marque Adidas.
Aujourd’hui, le promeneur ne peut pas éviter l’ignoble pub Coca Cola (mais à la gloire de l’OM, alors, respect). La signature en bas à droite révèle le nom du coupable : JC. DECAUX, le grand cochonneur de murs urbains.
Mais en y regardant bien, et un peu plus loin, on voit l’ancien établissement des bains de mer chauds racheté et réhabilité par M. Marc Piétri, PDG de Constructa et grand investisseur privé dans notre belle ville. D’ici à aller penser que le bar lui gâchait la vue… il y a un grand pas que mon esprit contrariant ne veut pas encore franchir.
PS : Comment, alors que l’on aborde par la Corniche la délicieuse presqu’île de Malmousque avec une vue unique sur la baie de Marseille, peut-on tolérer de telles publicités ? Si ce n’est pas un crime de lèse-littoral, qu’est-ce ?
© Textes et photo : Laurent Carte
Tous de sales copieurs
« La plupart de ces villes sont visées par un contentieux européen pour non-respect des normes de qualité de l’air, ce qui pourrait valoir à la France de sévères amendes. »
Demain 21 mai, je vais manifester contre les mesures envisagées par le gouvernement et qui vont me faire suer en tant que motard. Je cherche donc à me renseigner plus précisément sur les fameuses ZAPA et autres décisions de nos chers gouvernants. Je cherche donc un peu sur internet et lis quelques articles. Je tombe à chaque fois sur la même phrase, celle qui débute cet article.
Si vous faites un bête copié/collé dessus et une recherche sur Gogol, vous verrez rapidement que les journalistes sont incapables de formuler eux-mêmes leurs articles et qu’il se contentent de recopier des choses qui doivent venir de l’AFP ou des dossiers de presse de NKM. Petite liste :
- La Charente Libre
- Libération
- La Dépêche
- Le Monde
- L’Express
- Le Figaro
- Actu Orange
- Good Planet
- Le Télégramme
- France 3 Aquitaine
- Le Maine Libre
- Sud Ouest
- Europe 1
- Le Point
- France 24
- L’Alsace
- L’Est Eclair
- Le Progrés
- L’expansion
- La Voix du Nord
- Le Dauphiné
- TF1.fr
- France Soir
- La Nouvelle République
- DNA
Edifiant. On a la presse la plus fainéante du monde. Et si après ça un des profs de mes enfants lui reproche de faire du copié/collé sur le Net, je lui fais bouffer un exemplaire de chacun des journaux cités. Quand on parle de pensée unique…
J’irai donc manifester contre la presse française.
Le Palais de la Glisse (et de la Glace)
Pendant la construction, je le trouvais moche. A la livraison, je le trouvais toujours moche. Maintenant qu’il est en service, je le trouve encore moche. Mais…
Je dois reconnaître qu’il est pas mal. D’abord parce que mon fils en est un utilisateur acharné. Il faut reconnaître que la piste de skate est absolument d’enfer. Même une star comme Tony Hawk le reconnaît : « It’s a very nice spot. The best in Europe ».
Hawk, c’est LA référence. C’est dire. On est à Marseille au moins les premiers quelque part.
De plus, la directrice est une fille pleine d’énergie, qui parle de son bâtiment comme pas deux et qui le fait partager. Son enthousiasme l’a même entraînée à me faire visiter tout le bâtiment. Une visite privée alors que j’avais juste accompagné le fiston et que je l’avais chambrée (la directrice) sur les petits grincements liés à la mise en route. Il a fallu que j’insiste pour ne pas visiter les sanitaires, la chaufferie et les sous-sols.
C’est vrai que lorsqu’on gère un investissement de près de 45 M€, il faut y croire.
Et elle y croit. Elle a fait faire une belle fresque sur les façades est et nord, elle soutient que le photovoltaïque et la récupération d’énergie et l’isolation font que cet équipement consomme moins qu’une bête piscine tournesol, que la patinoire est super fonctionnelle, etc.
Elle a recruté du personnel compétent, comme Hervé, au Skate Park et elle se félicite de la fréquentation. Je dois reconnaître que les enfants sont surveillés et qu’on peut les laisser quelques heures s’éclater (dans tous les sens du terme) sans être trop soucieux.
Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est pourquoi un équipement de cet acabit est aussi moche. Sur la perspective présentée par le cabinet d’architecture Chabanne & Partenaires, les concepteurs de la chose, l’édifice était alléchant. Pourquoi le résultat final est-il aussi quelconque : un bardage gris identique à un vulgaire supermarché, une forme qui n’évoque la lame d’un patin à glace que lorsqu’on a lu le parti architectural et une orientation du skate-park qui fait qu’on ne voit personne à l’intérieur : normal, ils ont installé la « BIG » au sud. La Big, c’est la partie du SP qui fait frémir tout le monde. Ils doivent être dix à Marseille tout au plus à oser la « dropper ».
L’architecture ne peut-elle soigner à la fois le dedans et le dehors ? Dommage.
Il y a encore une question que je me pose : comment un architecte peut-il, sur une esplanade où vont forcément skater des milliers de jeunes, planter en plein milieu une borne à incendie ?
C’est sûr, s’il lit cet article, mon architecte préféré va encore dire que je n’y comprends rien en architecture.
Quant à mon ami parisien, je l’emmènerai visiter le lieu, surtout s’il a un gamin qui skate (ou qui rollere ou qui béhémixe).
© Texte et photo : Laurent Carte sauf la perspective qui provient des ateliers Chabanne et Partenaires Architectes.
Trop de signes !
Je me suis amusé à relever tous les signes visibles sur un court trajet en ville. La liste a quelque chose de très poétique :
- Kro, c’est la kro quand il fait chaud
- A 3,95€ le maillot, c’est l’été chez Décathlon
- Nouveau Espace Loggia, plus de place qu’avant (c’est une affiche trifaces de chez ClearChannel)
- Vitesse limitée à trente à l’heure
- Very Bad Trip 2 (sur un flanc de bus)
- Ligne 44
- Prenez du recul avec Afflelou (il est fou, Afflelou)
- Auto-bilan Securitest
- Schlecker
- Interdiction de tourner à droite
- Sarko = enculé (sur un muret à la bombe)
- Vitesse limitée à trente à l’heure
- Carrosserie Dubost Ragnagna (à droite)
- Chien méchant
- Avec Château Prout, vos canapés pas chers (avec une grosse blonde allongée)
- Leçon 21, laissez-le venir (avec une belle brune debout et cambrée)
- Hortefeux = Enculé (un qui suit la politique de près ; je me demande même si tout le gouvernement va être cité)
- 299€ le sêche-linge miracle qui tourne à 6000 tours/minute chez BZ Distribution
- Crêche
- Centre Commercial
- Strauss Kahn président (toujours la même écriture mais pour le coup, c’est raté)
- Century 68, la sécurité immobilière
- Etc…
Deux cents pages n’y suffiraient pas. Sur un tout petit chemin. Alors, imaginez en hyper-centre, avec les enseignes tous les trois mètres, les tags, les abribus, la signalisation routière. Et comme ça ne suffit pas, on en rajoute une couche (contrat passé avec J.C. Decaux, le roi du mobilier urbain, le pape du vélo en liberté, le King de l’affichage) : fleurissent maintenant des petits panneaux bas, d’un bleu délicat, qui indiquent la directions des entreprises et autres magasins, carrossiers, fleuristes et restaurants de renom. Des pièges à poussettes, des casse-pattes pour aveugles, des verrues urbaines.
S’appuyant sur la certitudes que les gens sont mal informés, qu’ils ont mauvais goût et qu’ils se fichent des aveugles, des poussettes et des paraplégiques, on en met partout.
Et puis, en haut lieu, on a pensé aux randonneurs urbains. Les randonneurs urbains constituent une part importante de la population et cette importance justifie qu’on les informe. Ces randonneurs urbains sont appelés concitoyens l’hiver et touristes l’été. Alors on leur a posé partout des petits panneaux d’un bleu délicat indiquant que la Bonne Mère est à 20 minutes à pieds. J’en ai même vu à Pétaouchnok qui disaient : Gare Saint-Charles : 30 min (c’était sûrement pour des coureurs de fond, car de cet endroit, il faut déjà une demi-heure en moto pour se rendre à la gare). Heureux randonneurs démunis de GPS qui peuvent ainsi savoir précisément combien durera leur calvaire.
Une couche de plus : allez. C’est maintenant la mode du total covering. En clair, couverture complète de véhicules par des adhésifs aussi discrets que communicants. On n’arrête pas le progrès.
Moi, j’appelle ça de la pollution visuelle.
Cette débauche de signe, fatigante à la longue, se fait plus discrète dans certains quartiers comme le Panier où les rues étroites n’autorisent pas le recul nécessaire à la contemplation béate d’une affiche 4×3 ou dans des zones reculées de la Belle-de-Mai où la population n’a pas trop les moyens de consommer massivement (on ne voit que des panneaux pour Lidl ou Adidas).
Si on trouve la campagne reposante, c’est parce qu’il n’y a pas beaucoup de signes, un « Attention clôture électrique » de temps en temps, et encore en tout petit car on se fiche bien que les randonneurs ruraux se prennent une décharge dans les testicules en enjambant un fil de fer. Pas de grand panneaux. Les abribus sont muets ou discrets : « Arrêt » accompagné du nom de l’arrêt en question. Sil la ville se débarrassait de ces signes, elle serait certainement bien plus agréable.

© Texte et photo : Laurent Carte
Architecture de l’inutile 2
Grâce à Dieu, on trouve encore, au hasard de la ville, des lieux improbables où sont érigés des objets improbables. J’ai eu beau regarder sur des cartes détaillées pour voir si passait sous cet édicule une quelconque ramification de canal de distribution d’eau, je n’ai rien trouvé qui justifiât sa présence. Le soubassement de ce bâti ne laisse apparaître aucune porte, aucune trappe. Sous cette fantaisie construite par quelques rocailleurs émigrés d’Italie, peut-être un puits se cache-t-il ? L’ensemble est clos. Le puits vraisemblablement tari. Toujours est-il que cette verrue est plantée au centre d’un carrefour à l’angle de la traverse de la Jarre et du chemin de la Soude.
© Laurent Carte pour le texte et les photos.
Il faudrait qu’on m’explique…
Je suis un farouche supporter des déchèteries publiques. Je dois tenir ça de mon éducation. En pique-nique, avec mes parents, on ne laissait même pas par terre une coquille d’œuf en partant. Aujourd’hui, avec mes enfants, je fais pareil. Pas le moindre papier jeté par terre, pas la moindre canette abandonnée dans la nature. Je suis consciencieux. Je trie mes déchets et le plus souvent, j’en amène à la déchèterie.
Or, le week-end dernier, je découvre à celle de la Jarre un spectacle affligeant. L’exploitant de ladite déchèterie avait trouvé judicieux d’interdire l’accès à celle-ci aux véhicules dépassant 1,90 m. Pourquoi ? J’aimerais qu’on me l’explique. Pourquoi interdire l’accès à des gens qui trouvent citoyen ou tout simplement pratique de venir à la déchèterie ? J’imagine la tête du gars qui a emprunté la fourgonnette de son copain pour vider quelques vieilleries de son garage, qui à loué un utilitaire pour venir jeter des végétaux. Il est là, comme un con devant le gros portique métallique. Forcément, la colère le prend. Et s’il est un peu sanguin, ou tout simplement méditerranéen, il balance tout devant le portique. Cet utilisateur de la déchèterie est un utilisateur perdu. Il ne sera plus le vecteur, l’acteur de la propreté de la ville. La prochaine fois, au premier terrain vague, il videra tout. Et le nettoyage sera à la charge de la collectivité, à un coût bien supérieur à celui du traitement des mêmes déchets dans la déchèterie. Quand quelqu’un fait la démarche de déposer ses ordures en un lieu adapté, on ne le décourage pas en limitant la hauteur à 190 cm. Quel technicien de MPM a bien pu pondre une pareille directive ?
Un autre exemple. Au printemps, les gens qui possèdent un jardin ont la fâcheuse tendance à nettoyer l’extérieur, arracher les mauvaises herbes, tailler les haies, élaguer les arbres. Cette activité présente la désagréable propriété de générer des déchets verts volumineux. C’est mon cas. Je bourre donc mon break jusqu’à la gueule de végétaux et je vais à la déchèterie. Je vide mon break et reviens faire un voyage. Lorsque je me représente à la déchèterie vers 11h, l’agent sur place me refuse l’accès.
- Y’a plus de place dans les bennes.
- Mais vous allez changer la benne ?
- Nan, on a pas de rotation de camion.
- Mais, c’est le printemps, le samedi, il est à peine 11H. Plein de gens viennent jeter des végétaux. Comment vont-ils faire ?
- J’en sais rien. D’toute façon, on a pas de camion.
- Et moi ? Je fais quoi, avec ma voiture pleine ras la gueule ?
- R’venez demain !
- Mais y aura pas de benne demain non plus ?
- Nan !
Je suis reparti avec mon charroi de végétaux. Et je suis allé à Bonnefoy. La benne à végétaux n’était pas pleine puisque la déchèterie est plus urbaine. Donc, l’année prochaine, j’enfumerai mes voisins en brûlant mes vieilles feuilles et branches vertes.

© Laurent Carte pour le texte et les photos.
Depardon m’énerve
Raymond Depardon m’énerve. Raymond Depardon est un photographe (c’est une petite précision pour ceux qui ne le connaissent pas) et il m’énerve. Pourquoi ? Je vais vous le dire.
Raymond Depardon sillonne la France pour faire un portrait du pays. Il déclare qu’il évite les grandes villes pour des raisons pratiques liées au stationnement de son camping-car. Admettons.
Il déclare tout de go qu’il photographie à la chambre 20×25. Or M. Depardon est un vieil homme. Et une chambre, c’est lourd, c’est encombrant, c’est peu maniable. On ne voit pas grand chose sur le dépoli et l’on cadre avec une image inversée gauche/droite et haut/bas. Et ce M. Depardon affirme qu’il le fait tout seul. J’ai du mal à le croire.
Raymond Depardon déclare avoir passé cinq ans sur les routes de France. A d’autres. On le voit tout le temps dans les festivals, il se fait interviewer pour la MAF par mon architecte préféré, il fait des films entre-temps. Ce n’est plus un homme. C’est un mutant. De plus, il met les bandes noires des plans-films sur ses tirages. Allez Raymond, avouez que c’est du chiqué et qu’il y a quelques images recadrées dans le lot. Le truc de la bande noire, ça m’agace, ça m’énerve. C’est comme ce prétentieux de Cartier-Bresson. Quand on met les bandes noires, ça veut dire : Tu vois, mon coco, moi, je sais cadrer. Mon image, elle est nickel d’entrée de jeu. C’est l’œil, coco. La classe du grand reporter. Allez, soit pas jaloux, travaille encore.
Tout ceux qui ont fait de la chambre savent qu’il n’y a rien de plus facile que de décadrer un chouïa, juste un poil pour avoir une verticale pas verticale. Sur le plan-film, à l’œil nu, ça peut passer. Mais en tirage immense.
Allez Raymond, soyez honnête, avouez.
Quand il fait une expo, c’est à coup de tirages grands formats faits par les meilleurs labos. Nous, à Marseille, plus personne ne développe le E6 et si l’on demande à un labo de développer du C41 en 20X25, il éclate de rire. On vit dans un désert.
En réalité, je suis affreusement jaloux de ce Depardon. Il a fait ce que je voulais faire il y a quelques années déjà. Partir, rouler, rencontrer des gens, des lieux, des lumières. Cinq ans dans un élégant fourgon à faire ce que l’on aime, et en plus, avec des moyens et du talent. Et à coup sûr, son livre va être un franc succès.
Mais je sais une chose que M. Depardon m’envie (sans me connaître) : j’ai trente ans de moins que lui (je sais, c’est mesquin, mais on a les satisfactions qu’on peut).
Nota Bene que la photo de M. Depardon présentée ici est vraiment facile à faire. Il suffit de passer sur le front de mer à Antibes. On ne peut pas manquer ce bâtiment. Il est magnifique. Je l’ai photographié l’année dernière et ma photo à moi, elle n’est pas toute jaune avec le haut coupé. Na !
Nota Bene 2 : Je n’arrive pas à remettre la main dessus. C’est toute la différence entre lui et moi.
Nota Bene 3 : Finalement, je l’ai retrouvée.
© Laurent Carte pour le texte. Raymond Depardon pour la photo couleur.
L’architecture de l’inutile
Je ne m’en lasse pas. A Marseille, on a de l’architecture inutile. Une tour, un hangar. Un truc qui ne sert à rien qu’à attirer l’attention. Une démarche publicitaire. Mais avec quel talent. Un jour, j’irai voir l’occupant des lieux pour en savoir plus sur ce bâtiment. Mais j’irai vite pour ne pas commettre l’erreur du 120 av, du Prado et d’arriver quand il n’y aura plus rien à voir. Il n’empêche que cette construction a de la gueule et quand je passe sur l’avenue du Redon, j’ai toujours un regard pour ce presque minaret aux accents de 50′s en diable. Quant à mon ami parisien qui voudrait visiter Marseille, je crois que je l’emmèrai faire un tour par là.
© Laurent Carte pour le texte et les photos.
Google, mémoire de la ville
Ce qui est vraiment étrange, c’est que la ville ne garde pas la mémoire d’elle-même. Quand j’écris « la ville », j’entends surtout ses habitants. Moi le premier, qui passe du temps à lever le nez pour regarder et qui circule beaucoup et souvent dans des coins étranges. Je passe tous les matins sur le Prado. Et tous les soirs aussi. Un jour, je vois sur la façade d’une belle bâtisse le fatal logo des démolisseurs et le fatidique panonceau blanc « Permis de démolir ». Pas de chance, ce soir là, je n’ai pas mon appareil. Qu’à cela ne tienne, je reviendrai demain. Et quelques jours passent. Un peu trop d’ailleurs, puisque le jour où je prends le temps d’aller faire l’image, il n’y a plus rien. La bâtisse est tombée sous les pelles mécaniques des promoteurs. C’était une belle maison, avec une courette sur l’avenue, un peu en retrait. En réalité, au regard d’un producteur de m2, elle flottait dans sa parcelle, appuyée à un immeuble haut qui allait permettre de grimper, de couler du plancher. Donc, pas assez dense tout ça. Faut agir. Pour le profit, cette petite pièce de ville a disparu. Sacrément profitable l’opération pour se payer une maison vraisemblablement pas à la portée de toutes les bourses et sûrement bien vendue par son propriétaire (le Crédit Coopératif, semble-t-il), la démolir et reconstruire dessus. Et devant la parcelle rasée, impossible de me souvenir de la tête de la villa. Même en y passant deux fois par jour pendant des années, je n’avais pas imprimé. Peut-être quelques voisins se souviennent-ils de son aspect. Et encore. Mais il reste Google avec son GoogleStreet. Et comme les bougres ne refont pas leurs photos tous les jours, la petite bastide restera encore visible quelques temps. Une espèce de persistance rétinienne numérique. Mais lors de sa prochaine campagne de prises de vues, Google effacera toute trace de ce bâtiment et exhibera à la place un gros machin sûrement disproportionné et difforme. Mais attendons pour juger…
Ça sent le sapin
C’est un modeste hangar toujours fermé. Une incongruité. Surtout qu’il est en plein cœur du 8e arr. L’arrondissement un peu friqué de la ville. Ce modeste hangar offre son triste visage sur l’avenue Clot-Bey, rideau baissé sur le flot quasi permanent des lycéens et collégiens qui vont au lycée Daumier. En face, une petite résidence de maisons individuelles. Je sens qu’il va bientôt partir sous la griffe des pelleteuses. Bah, diront les élus. Bof ! diront les promoteurs, les yeux brillants à la pensée des m2 qu’ils vont pouvoir développer. Moi, je l’aime bien, avec son inutile fronton, l’austérité de sa façade, la simplicité de ses ouvertures, ses proportions. Il est protégé par un mauvais toit d’onduline bourrée d’amiante. Il est à l’abandon, ou presque.
Presque, parce qu’un jour, curieux de savoir ce qu’il contenait et parce que le rideau métallique était relevé, je suis allé voir.
A l’intérieur dorment des vieux tramways magnifiques. Dans leur jus. Une poignée de bénévoles tentent de les sauver de l’oubli, mais sans grand succès. La ville de Marseille s’en fiche, la RTM s’en contrefiche. Les promoteurs ricanent. Même au poids de la ferraille, ils n’en voudraient pas. Les mécanos qui bricolent sur ces machines s’en désolent.
Je n’arrive pas à croire qu’il n’y a pas, dans tout le parc immobilier de la ville un endroit où déplacer ces machines, avec un peu d’argent pour en faire quelque chose. Par exemple les prêter pour des tournages de films, les montrer à des classes de primaires, à des vieux nostalgiques, à les faire rouler sur le réseau actuel à l’occasion d’une fête populaire… Ou enfin, faire le minimum pour ne pas détruire notre déjà pauvre patrimoine industriel.
Quant au hangar, à mon avis, il n’en a plus pour longtemps et je ne vois pas quoi opposer à la pression foncière.

©Laurent Carte – Textes et photos
L’humanité malgré tout
Une multitude de doigts d’honneur, des décolletés en pagaille, des types qui vomissent, des filles qui somnolent, se regardent dans le miroir, s’éclatent des boutons, rougissent sur la plage, s’enivrent, pleurent face à l’objectif du photographe (petit copain, pote de virée, copine…), mangent des spaghettis avec les doigts, téléphonent en marchant, tiennent la main d’une mamie, essaient un pantalon, se déshabillent, se maquillent. Il y a aussi des garçons qui se maquillent en fille, bringuent avec des copains, s’échauffent avec une effeuilleuse, regardent passer les filles, friment sur la plage, dorment dans un hamac, se tiennent les couilles, grimacent, ricanent, exhibent leur ordinateur, leur vieille moto, leurs biscottos.
Et puis soudain une vieille qui regarde l’objectif, les yeux rouges, une autre qui révasse à la portière d’une voiture, une autre qui dort sur banquette arrière d’une voiture. Et de cette parade étrange surgit une formidable humanité, des rires, de la joie de vivre, malgré les gros plans de genoux esquintés, de sutures violentes ou de champs opératoires, de doigts amputés.
C’est www.foundphotos.net.
Et c’est à voir absolument.
Cacher la honte
En discutant un jour avec le gardien de l’immeuble faisant l’angle de la place du Général Ferrié, j’apprends que ce bâtiment de 1939 avait été le siège de la Gestapo sous l’occupation allemande. Etonné, je cherche à en savoir plus. Manifestement, le gardien n’était pas trop fort en histoire puisque le siège de la Gestapo était situé au 425 de la rue Paradis. Y avaient sévi Rolf Mühler et Ernst Dunker, surnommé Delage qui ne sera fusillé qu’en 1950.
Aujourd’hui, la bâtisse est cachée par des constructions qui redessinent l’angle de Paradis et de Rodocchanachi et abritent un bijoutier réputé, une boulangerie, une agence bancaire… une petite plaque de rien du tout rappelle la sinistre destination du bâtiment mais laisse planer le doute sur la situation réel du lieu. En 1944, la bastide donnait directement sur la rue. On dirait aujourd’hui que les bâtiments qui la ceinturent on été construits pour la cacher, pour l’effacer du regard, pour la plonger dans l’oubli. Je doute que beaucoup de curieux se glissent dans la traviole latérale pour tenter de voir la façade. J’ai abordé un des habitants du lieu et me suis glissé dans le jardin. Curieusement, l’entrée principale est à l’est. Les façades sud et est sont cachées. Même en remontant la rue Paradis en venant du Prado, on ne voit rien.
Apparemment le bâtiment a été vendu en plusieurs lots par ses précédents propriétaires. C’est devenu une petite copropriété bourgeoise et discrète. Portail électrique, digicode… rien que de très normal. Le locataire qui m’avait ouvert m’a avoué n’avoir appris l’histoire du lieu qu’après avoir loué son appartement. Bien après. Et que ça lui avait fait bizarre. Un temps.
Moi, je ne pourrais pas être bijoutier ou boulanger ou banquier à cet endroit là. Encore moins locataire des lieux. Objectivement, les murs ne gardent pas mémoires des cris, des hurlements et des douleurs qu’ils abritèrent. N’empêche…
© Laurent Carte – Textes et photos.
La gestion de l’espace public
Vraiment, j’aime qu’à Marseille il y ait une gestion toute particulière de l’espace public. Bien sûr à cet endroit fleurira bientôt un cours d’importance qui viendra clore la trame de la Cité de la Méditerranée, le pied de la tour CMA-CGM sera traité, le port fleuri, les passerelles repeintes, les Docks des Suds déplacés. Entre-temps, il restera, et c’est heureux pour le photographe, des zones abandonnées, de jolis délaissés pour donner aux images un aspect d’un autre siècle.
© Laurent Carte – Textes et photos.
Le rond-point de la honte
J’écrivais précédemment du visage de la ville nouvelle. Avant 1975, entre...Le visage de la ville de demain
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J’adore les dictionnaires. Il renferment des pépites, de ces petites choses...Las Vegas Bonneveine
Je suis d’accord avec toi, lecteur assidu de ma chronique urbaine, il faut de...Un air du Sud
S’il existe un bâtiment sympathique aux Catalans qui éveille chez moi des envies...Un peu de justice…
Dans un précédent article intitulé » Double crime sur la Corniche...Combien de temps…
Combien de temps doit-il s’écouler pour qu’un bâtiment ait une chance de...Architecture personnelle
Entre 1957 et 1961, l’architecte Jean Rozan fut maître d’œuvre de cette...Double crime sur la Corniche…
On ne me fera pas croire qu’il existe une réelle continuité du littoral, ni que...Tous de sales copieurs
« La plupart de ces villes sont visées par un contentieux européen pour...Le Palais de la Glisse (et de la Glace)
Pendant la construction, je le trouvais moche. A la livraison, je le trouvais toujours...Trop de signes !
Je me suis amusé à relever tous les signes visibles sur un court trajet en ville. La...Architecture de l’inutile 2
Grâce à Dieu, on trouve encore, au hasard de la ville, des lieux improbables où sont...Il faudrait qu’on m’explique…
Je suis un farouche supporter des déchèteries publiques. Je dois tenir ça de mon...







































