Ça sent le sapin

C’est un modeste hangar toujours fermé. Une incongruité. Surtout qu’il est en plein cœur du 8e arr. L’arrondissement un peu friqué de la ville. Ce modeste hangar offre son triste visage sur l’avenue Clot-Bey, rideau baissé sur le flot quasi permanent des lycéens et collégiens qui vont au lycée Daumier. En face, une petite résidence de maisons individuelles. Je sens qu’il va bientôt partir sous la griffe des pelleteuses. Bah, diront les élus. Bof ! diront les promoteurs, les yeux brillants à la pensée des m2 qu’ils vont pouvoir développer. Moi, je l’aime bien, avec son inutile fronton, l’austérité de sa façade, la simplicité de ses ouvertures, ses proportions. Il est protégé par un mauvais toit d’onduline bourrée d’amiante. Il est à l’abandon, ou presque.

Presque, parce qu’un jour, curieux de savoir ce qu’il contenait et parce que le rideau métallique était relevé, je suis allé voir.
A l’intérieur dorment des vieux tramways magnifiques. Dans leur jus. Une poignée de bénévoles tentent de les sauver de l’oubli, mais sans grand succès. La ville de Marseille s’en fiche, la RTM s’en contrefiche. Les promoteurs ricanent. Même au poids de la ferraille, ils n’en voudraient pas. Les mécanos qui bricolent sur ces machines s’en désolent.
Je n’arrive pas à croire qu’il n’y a pas, dans tout le parc immobilier de la ville un endroit où déplacer ces machines, avec un peu d’argent pour en faire quelque chose. Par exemple les prêter pour des tournages de films, les montrer à des classes de primaires, à des vieux nostalgiques, à les faire rouler sur le réseau actuel à l’occasion d’une fête populaire… Ou enfin, faire le minimum pour ne pas détruire notre déjà pauvre patrimoine industriel.
Quant au hangar, à mon avis, il n’en a plus pour longtemps et je ne vois pas quoi opposer à la pression foncière.

 

©Laurent Carte – Textes et photos