Le Palais de la Glisse (et de la Glace)

Pendant la construction, je le trouvais moche. A la livraison, je le trouvais toujours moche. Maintenant qu’il est en service, je le trouve encore moche. Mais…

Je dois reconnaître qu’il est pas mal. D’abord parce que mon fils en est un utilisateur acharné. Il faut reconnaître que la piste de skate est absolument d’enfer. Même une star comme Tony Hawk le reconnaît : « It’s a very nice spot. The best in Europe ».
Hawk, c’est LA référence. C’est dire. On est à Marseille au moins les premiers quelque part.
De plus, la directrice est une fille pleine d’énergie, qui parle de son bâtiment comme pas deux et qui le fait partager. Son enthousiasme l’a même entraînée à me faire visiter tout le bâtiment. Une visite privée alors que j’avais juste accompagné le fiston et que je l’avais chambrée (la directrice) sur les petits grincements liés à la mise en route. Il a fallu que j’insiste pour ne pas visiter les sanitaires, la chaufferie et les sous-sols.

­C’est vrai que lorsqu’on gère un investissement de près de 45 M€, il faut y croire.
Et elle y croit. Elle a fait faire une belle fresque sur les façades est et nord, elle soutient que le photovoltaïque et la récupération d’énergie et l’isolation font que cet équipement consomme moins qu’une bête piscine tournesol, que la patinoire est super fonctionnelle, etc.
Elle a recruté du personnel compétent, comme Hervé, au Skate Park et elle se félicite de la fréquentation. Je dois reconnaître que les enfants sont surveillés et qu’on peut les laisser quelques heures s’éclater (dans tous les sens du terme) sans être trop soucieux.
Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est pourquoi un équipement de cet acabit est aussi moche. Sur la perspective présentée par le cabinet d’architecture Chabanne & Partenaires, les concepteurs de la chose, l’édifice était alléchant. Pourquoi le résultat final est-il aussi quelconque : un bardage gris identique à un vulgaire supermarché, une forme qui n’évoque la lame d’un patin à glace que lorsqu’on a lu le parti architectural et une orientation du skate-park qui fait qu’on ne voit personne à l’intérieur : normal, ils ont installé la « BIG » au sud. La Big, c’est la partie du SP qui fait frémir tout le monde. Ils doivent être dix à Marseille tout au plus à oser la « dropper ».
L’architecture ne peut-elle soigner à la fois le dedans et le dehors ? Dommage.
Il y a encore une question que je me pose : comment un architecte peut-il, sur une esplanade où vont forcément skater des milliers de jeunes, planter en plein milieu une borne à incendie ?
C’est sûr, s’il lit cet article, mon architecte préféré va encore dire que je n’y comprends rien en architecture.

Quant à mon ami parisien, je l’emmènerai visiter le lieu, surtout s’il a un gamin qui skate (ou qui rollere ou qui béhémixe).

 

 

© Laurent Carte

Palais de la Glisse et de la Glace

 

 

© Texte et photo : Laurent Carte sauf la perspective qui provient des ateliers Chabanne et Partenaires Architectes.