Le vocabulaire de l’architecte…

J’adore les dictionnaires. Il renferment des pépites, de ces petites choses anodines dont le parfait contrôle permet d’énoncer des choses claires et compréhensibles. De multiples outils souvent remarquables dont l’usage judicieux permet à la fois d’être reconnu membre d’une confrérie et brillant en société. Encore faut-il les utiliser avec pertinence, n’en point trop déballer d’un coup (ça fait pédant) ou au mauvais moment (ça fait blaireau). Tout comme la marine, l’imprimerie, l’ébénisterie et bon nombre de métiers d’art, l’architecture en possède une belle quantité. Mais l’architecte a quelque chose de plus que ses collègues des autres corporations : il a appris à l’école à parler « Architecte ». Qu’on parle d’oriel ou de beauveau, d’argamasse, de chaînette, de rein, de chien assis, couché ou debout, de larmier ou de lambrequin voire même de zelliges, pas de problèmes. Ces mots désignent des choses précises. Mais le langage de l’architecte se pare volontiers de circonlocutions étranges pour dire des choses toutes simples. Ecoutez parler un architecte sans l’interrompre (et sans rire) et vous réaliserez. Un bâtiment ne s’adapte pas au terrain, il contrôle la topographie. Un bâtiment en ville « dialogue » avec  l’urbanité. Il se confronte à l’existant. Un bâtiment n’est pas moderne : il véhicule son image d’avant-garde. L’architecte ne dessine pas une nouvelle placette : il  réactualise le forum romain (ou l’agora grecque, au choix). Quand l’immeuble vient se nicher dans une dent creuse, il contribue à la couture urbaine et s’il se hisse sur pilotis, il crée de la perméabilité.
Ahhh vraiment, les architectes sont des gens poilants !

 

On ne dit pas « terrain vague », on dit « délaissé »

© texte et photo : Laurent Carte