Prendre le temps de s’arrêter.

Pour voir la ville, il faut prendre le temps de traîner, de flâner, et surtout parfois de s’arrêter. L’église Saint-Maurice fait partie de ces bâtiments qui m’ont toujours intrigués. J’y suis passé mille fois devant et jamais je ne me suis arrêté. Pourtant, ce matin, j’y suis passé pour la 1001ème fois en amenant ma fille passer le bac au lycée Marcel Pagnol de Saint-Loup. Et au retour, comme la lumière était belle, l’air encore frais et la circulation assez rare, j’ai posé la moto et je suis allé voir. Avec l’appareil en bandoulière.
De prime abord, ce bâtiment m’avait toujours paru mal foutu. Les courbes sont imparfaites, les fenêtres filantes assez ordinaires. Le clocher fait penser à une vieille pelure de melon un peu fané tenue par une baguette vietnamienne et l’ensemble est couvert d’un crépi à vomir.
Pourtant… pourtant. Le porche est un assemblage assez malhabile de panneau de 1mx1m coloré dans le plus pur style Pailleron, la sous-face a des airs de Le Corbusier mal assumés (un bon gros coffrage de planches encore visibles) mais l’ensemble respire un air de jeunesse, une tentative de faire différent. A la table à dessin, j’imagine un jeune architecte enflammé dessinant son premier bâtiment, un lieu de culte. Il transpire. Il veut que son projet soit grandiose, qu’il porte la foi, qu’il représente l’élan des croyants vers Dieu. Il transpire sur le tire-ligne, gratte le trait raté, recommence et recommence encore.
Ça y est. Il l’a. Le client est content. Il va construire. Las, les choses se rebellent, les matériaux résistent, les formes souples s’accommodent assez mal du coffrage bois. Il transpire encore. Quand l’église est finie, il est content. Mais pas complètement. Il a vu les défauts des courbes, toutes les petites imperfections : les poutres pas parallèles, l’ovoïde irrégulier… Enfin tout un tas de petites choses qui lui gâchent le plaisir. Pourtant, l’œuvre est intéressante à plus d’un titre. Il faut aller voir. Il y a des choses surprenantes comme ces sièges en béton dans la paroi intérieure du chœur, ou le rythme de la charpente. Non, vraiment, ça vaut le détour. Même avec un ami parisien.
En vérité, les états d’âme de l’architecte, je les subodore. Mais en rentrant à la maison, je cherche un peu. Et trouve.

Enfin, je pensais avoir trouvé et j’avais attribué cette église à l’architecte Pierre Averous. Mais une récente lectrice m’apprit qu’elle était l’œuvre de l’architecte toulousain Auguste VIVES. Dans mon texte initial, je vilipendais l’auteur de ce bâtiment et profitais de mon élan pour qualifier d’assez méchante façon d’autres réalisations de ce monsieur. Je précisais toutefois que j’éprouvais de la tendresse pour cette petite église.
C’est toujours le cas et je remercie ma lectrice (Sophie Guérin Gasc, Archi DPLG et du Patrimoine – docteur en histoire de l’art) pour ces précisions. Les vitraux ne sont revendiqués par Henri Guérin mais bien de lui. Un aperçu de son travail est visible sur :

http://www.narthex.fr/blogs/making-of-de-lexpo-henri-guerin/henri-guerin-lartiste-peintre-verrier

J’avais confondue l’église Saint-Maurice avec celle de la Pauline. Honte à moi.

Une œuvre de jeunesse avec, au fond, le CICR de Rudy Ricciotti et devant, deux voyageurs qui matent le derrière de la passante. Et oui, on est à Marseille.

Un œuf imparfait et des vitraux de Henri Guérin

Un air de Le Corbusier mâtiné de Pailleron - Texte et photos : Laurent Carte