Des dessous pas vraiment chics

Je me souviens de la fierté municipale pour l’inauguration du métro. Je devais avoir dans les 13-14 ans à l’époque et j’avais même fait un exposé sur le sujet au collège. La fierté dépassait même les limites de la commune : Marseille avait enfin son métro. Defferre l’avait voulu. Marseille l’a eu. Aujourd’hui, lorsque je passe vers la station Sainte-Marguerite/Dromel, je me dis que l’architecture a bien vieilli, qu’il lui faudra encore résister quelques décennies pour se parer du charme incomparable du début des années 80. Des architectes ont travaillé sur ce projet, indéniablement, et je me demande maintenant ce qu’ils peuvent bien penser de leur propre travail. S’ils le regardent avec plaisir ou avec dédain, voire même avec un peu de honte.
Quand on va traîner ses pas vers les quartiers nord, on trouve la station Bougainville aussi spectaculairement datée que sa consœur des quartiers sud. Les voies continuent vers une station technique invisible des voyageurs. Pour relier la station Bougainvile, aérienne, le métro court sur un pont sous lequel on peut circuler. Epatant. En dessous, on circule entre la zone ferroviaire du Canet et des friches industrielles qui couvrent le territoire jusqu’à la rue Zoccola. L’endroit est terriblement bas de plafond, horriblement sombre, et ressemble plus à la rue Watt dans laquelle Léo Malet fait rôder un tueur fou qu’au fleuron des projets urbains du XX° siècle. Là encore un architecte a sévi. En construisant, n’a-t-il pas vu que ce lieu était une horreur, qu’il n’y aurait jamais de vie, que les piles de son viaduc étaient surdimensionnées. Il ne faut pas être ingénieur pour le voir. Un peu de bon sens suffit. Allez voir station Glacière à Paris, la finesse des piliers, la délicatesse des tabliers. Il est vrai qu’à Paris, les métros sont plus légers, moins fréquents et moins remplis qu’à Marseille. Du coup, ils ont construit des infrastructures plus légères. Si une bombe thermo-nucléaire tombe sur Marseille, il ne restera que la structure du métro et celle du tramway ainsi que la fierté du bureau d’étude qui aura fait les calculs de résistance des matériaux, du fournisseur de béton et de l’architecte.
Pourtant, la courbe d’un viaduc peut être belle (Cf Norman Foster à Millau), le génie civil intéressant et les aménagements de surface innovants. Quand ce prolongera ce métro vers le grand nord (La Cabucelle, Saint-Antoine…) j’espère que l’architecte retenu aura plus d’élégance et d’intelligence dans le projet (Pas vrai mon architecte préféré ?).

 

Les dessous pas chics