C’est Prouvé !

Avant l’été, je dépose ma fille devant le lycée Marcel Pagnol (pour passer le bac) puis continue mon chemin.
Coup de frein ! Je gare la moto en catastrophe et fonce vers la station service Agip. La vraie, celle dessinée, conçue par Jean Prouvé, celle qui est labellisée Patrimoine du XX° siècle en PACA.
J’avais lu la notice de la DRAC à son sujet et c’est justement pour cela que j’ai freiné et me suis arrêté. Pour être honnête, je suis passé 100 fois devant sans remarqué autre chose qu’une station très laide.
Finaud, je fais le naïf et rentre dans la station avec la ferme intention d’en apprendre un peu plus que la notice de la DRAC.

– Bonjour, Mademoiselle, j’ai entendu dire qu’il y avait dans les parages une station conçue par un grand architectecte.
– J’en sais rien !
– Ce ne serait-il pas celle-là par hasard ?
– Aucune idée !
– On ne vous a jamais rien dit ?
– Si, mais je m’en souvient plus. Ce que je sais, c’est qu’on a le droit de rien faire. Même pas de repeindre. Et en plus, en haut, y des fuites. Et plein de courant d’air. En fait c’est la merde. S’il avait pas été connu, l’architecte, on aurait pu raser tout ce merdier et construire quelque chose de propre.

Je suis sorti en rigolant. C’est bien d’être connu et reconnu. En tout cas, ses stations services, à Jean Prouvé, elles ne risquent pas d’être publiées dans Architecture Digest.

Pour la culture du grand public, je cite ci-après les notes de Eve Roy rédigées pour la DRAC PACA il y a un peu plus de cinq ans.

« A la fin des années soixante, les pétroliers engagèrent leur lutte commerciale sur le terrain de l’image de marque… Total demandait à Jean Prouvé de concevoir un modèle qui, de la simple station aux grandes aires autoroutières, en ville comme à la campagne, pourrait exprimer une image moderne et fonctionnelle.
Comme à son habitude, Prouvé alla à l’essentiel et imagina un diptyque. Un bâtiment décagonal hébergerait au rez-de-chaussée l’accueil, les sanitaires et les réserves, et offrirait à l’étage un logement. Un auvent circulaire (perché sur une colonne centrale) ou rectangulaire (bien campé sur quatre poteaux métalliques) protégerait les pompes.
Prouvé défendait une architecture légère, industrialisée donc facile et rapide à installer sur le site. La station-service le démontre, elle constitue même un quasi-manifeste : une dalle sur un vide sanitaire, un fût central pour stabiliser l’édifice, arrimer les poutrelles qui supportent le plancher et regrouper tous les fluides, des poteaux périphériques et des panneaux de remplissage. En moins de quinze jours l’affaire était entendue ».
Parmi les exemples subsistant à Marseille, il est possible de noter que le plan adopté est octogonal et non décagonal, et de dégager deux typologies de stations, selon qu’elles comportent un étage de logement (boulevard Saint-Loup et chemin de Sainte-Marthe) ou non (boulevard Paul Claudel).

 

Classé au patrimoine du XX° siècle. © Laurent Carte

© Laurent Carte pour le texte (sauf la citation de Eve Roy) comme pour la photo